Éclairages, Personnes

Un facteur au carnaval

Voilà 25 ans que le facteur Lukas Hürlimann se lance, dès l’aube, dans le grouillement du carnaval de Lucerne pour distribuer le courrier.

Claudia Langenegger

Un facteur en plein carnaval de Lucerne
Copyright: Fabio Biasio

Le «Schmudo», le «Jeudi gras», marque le coup d’envoi: à cinq heures précises, le «big-bang» retentit dans la vieille-ville de Lucerne et lance les festivités du carnaval. Peu après, à six heures, la journée de travail commence pour Lukas Hürlimann. À l’office de distribution du Geissensteinring 41 à Lucerne, il achève de trier le courrier à la main.

Facteurs triant des lettres
Copyright: Fabio Biasio

Au lieu de prendre le scooter, Lukas Hürlimann assurera sa tournée à pied aujourd’hui. Et en perruque, s’il vous plaît! «Je la porte toujours, car ainsi je ne suis pas juste facteur, mais partie intégrante de la fête.»

Le facteur Lukas Hürlimann met sa perruque.
Copyright: Fabio Biasio

Il se souvient encore de l’époque où il circulait sans perruque et que le maquillage à l’airbrush était totalement à la mode. «Certaines années, ma calvitie et ma tête tout entière étaient colorées», se rappelle-t-il en riant.

Un facteur en plein carnaval de Lucerne
Copyright: Fabio Biasio

Il s’élance à grands pas. Alors que les ours dansent tout autour, que les pingouins se dandinent, que des masques effrayants font peur aux passants et que la Garde Suisse défile fièrement, Lukas pose son chariot postal, se rend dans une pharmacie, remet les lettres, ressort à peine une seconde plus tard, disparaît dans la ruelle latérale suivante, arrête le chariot dans l’entrée de l’immeuble, retire une liasse de lettres du sac et glisse les enveloppes dans les boîtes aux lettres à la vitesse de l’éclair.

Un facteur en plein carnaval de Lucerne
Copyright: Fabio Biasio

Lukas Hürlimann connaît chaque ruelle et chaque boîte aux lettres sur le bout des doigts et sait quels noms figurent sur les écriteaux. Il se faufile habilement à travers la cohue des gens en liesse.

Un facteur en plein carnaval de Lucerne
Copyright: Fabio Biasio

Sur le Kapellplatz, le sol est blanc, mais ce n’est pas de la neige, ce sont des copeaux de papier du «Fötzeliregen» qui est tombé à la pointe du jour.

Un facteur en plein carnaval de Lucerne
Copyright: Fabio Biasio

«Attends deux minutes», l’interpelle un homme costumé. Il revient rapidement, une boîte de chocolats à la main. «Mon facteur reçoit du chocolat à chaque carnaval, explique-t-il».

La tournée se poursuit ainsi à travers toute la ville: Lukas Hürlimann rencontre des connaissances et des amis à chaque coin de rue, il est invité à trinquer – mais il se contente de rire et passe son chemin – ce n’est qu’à l’hôtel Balance qu’il accepte un café et prend une pause bien méritée.

Son chariot à main est presque vide, mais la tournée n’est pas encore finie. Il faut maintenant se rendre au dépôt près de l’Altstadthaus. Un collègue de travail lui a déposé la deuxième moitié du courrier dans un sac postal.

Un facteur en plein carnaval de Lucerne
Copyright: Fabio Biasio

Lorsqu’il arrive au Weinmarkt, à 10 h 10, Lukas Hürlimann lâche son premier soupir: la foule est dense, la masse compacte se déplace, des fanfares tonitruent, des cliques se pressent et c’est à grand peine que Lukas parvient à se frayer un chemin dans la cohue.

Un facteur en plein carnaval de Lucerne
Copyright: Fabio Biasio

«Le pauvre facteur!», le plaint une femme en costume d’elfe lorqu’elle aperçoit Lukas Hürlimann, une liasse de lettres sous le bras tirant le chariot à main pour traverser la foule.

Un facteur en plein carnaval de Lucerne
Copyright: Fabio Biasio

Mais une fois de plus, il y parvient comme par magie. Bientôt, les dernières lettres sont distribuées.

«Aujourd’hui, ça s’est bien passé», estime le Lucernois. «Il est arrivé qu’il neige ou qu’une pluie froide tombe ou encore que je rencontre bien plus de personnes déjà ivres», fait-il remarquer. S’il en a le temps, il retournera au carnaval les jours suivants, le soir, mais en costume et armé d’un instrument.

Un facteur en plein carnaval de Lucerne
Copyright: Fabio Biasio

rédigé par

Claudia Langenegger

Rédactrice